Mon père qui n'avait jamais oublié l'enseignement reçu "Aux arts et métiers" passait le plus clair du temps de ses loisirs, (quand il ne démontait pas les moteurs de sa voiture ou de sa moto) à faire des objets en fer forgé.
Protégé d'un tablier spécial et d'un masque en micca , devant sa forge qui ronflait , il fabriquait des tas d'objets décoratifs.
Pendant la guerre, il transformait des douilles d'obus en cuivre en objets divers.
Ma mère ne savait plus où mettre ces objets , souvent inutiles mais qu'elle conservait.
Sa plus belle réalisation était une tonnelle entièrement en fer forgé et sous laquelle nous déjeunions tous les jours du mois mars à la fin novembre.
Cette tonnelle était souvent fleurie de liserons mauves.
Au plus fort de la guerre, si la nourriture ne manqua jamais, les objets manufacturés venant de France manquèrent.
Mon père , jamais à bout d'idées, nous fabriqua des sandales dont les semelles étaient en liège et les lanières en cuir qu'il croisait à notre demande .Nous étions des filles et il tenait compte de nos choix.
Plus tard, je vis les mêmes sandales à Saint -Tropez , appelées les Tropéziennes.
J'en portais à nouveau avec nostalgie.
Nous ne manquâmes jamais de jouets pendant cette période de guerre, il fabriqua aussi nos jouets, petites commodes, dinettes, petits meubles dont les portes étaient munies de boutons miniatures à la taille de nos poupons en celluloïd.
Il était également passionné de photographie.
Il avait de nombreux appareils "Zeskon Kodak Reflex.
Il développait lui même ses photos dans son propre laboratoire.
Une lumière rouge nous indiquait que notre père y était et nous en interdisait l'entrée.Il flottait une odeur chimique due au révélateur qui servaient au bain des photos, ensuite suspendues à des fils pour sécher.
Il photographiait tout, ses cinq enfants , sa maison, les autres.....le pritemps, l'automne, l'hiver, la mer, son bateau....
Il nous avait construit un portique , installé dans un des trois jardins, celui des fleurs et de la tonnelle.
Un jour que je me balançais au plus haut,( j'avais quatre ans) je décidais soudain que j'étais un oiseau et de m'envoler.
Je me jetais dans le vide et me retrouvais à terre sur un sol couvert de graviers...Je n'étais plus qu'une écorchure ....mais je n'avais rien de grave....
Les hobbies de mon père étaient partout présents , Il avait installé partout dans la maison des hauts-parleurs pour nous permettre d'écouter de la musique.
Dans le deuxième jardin, il y avait des allées pour faire de la bicyclette , des palmiers et un enclos pour mon petit âne gris.
Ce petit âne gris restera à jamais dans ma mémoire.
Il était arrivé, comme cela, un beau matin dans le jardin, échappé d'on ne sait où.
Ma mère refusait de le garder.
J'avais 9 ans et j'eus une crise larmes.
Je m'accrochais au cou du petit âne et menaçait ma mère de disparaitre avec lui, si elle s'en séparait.
Ma mère criait plus fort, disant qu'elle ne voulait pas dans sa maison d' un bourricot" tout maigre et sans doute malade dans sa maison.
Je criais encore plus fort , me roulais à terre de désespoir et mes pleurs finirent par avoir raison d'elle.
Je gagnais le droit de le garder et d'en avoir la seule responsabilité.
Mon âne fut très heureux et je ne laissais personne l'approcher.
Il mourut quelque temps avant notre départ de Tunisie, environ, sept années plus tard.
J'en eus un immense chagrin.
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